Pierre Bongiovanni

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ELLES TISSENT LA TOILE

2001


Conférence à Montréal en 2001, lors du Marché International du Multimédia, devant un public technoïde mâle. Un quasi désastre.

Cerveau droit et cerveau gauche

Lors de cette conférence je vais tenter de partager avec vous un certain nombre d’hypothèses et de réflexion, dont certaines, je crois, sont de nature a vous étonner ou vous choquer.

Mon but n’est cependant ni de vous étonner, encore moins de vous choquer.

Mon but consiste a tenter de communiquer avec les deux parties de votre cerveau, le cerveau gauche et le cerveau droit.

Vous le savez le cerveau droit intègre les sentiments, reconnaît les images, aime la musique, le non verbal, comprend le langage des cris, des gestes, des caresses, du toucher.

Il génère des sentiments comme l’amour, l’humour, le goût pour l’esthétisme et tout ce que l’on pourrait qualifier de non logique, la perception de l’invisible, de la foi et du mystère, un idée plus globale, plus concrète, plus synthétique et une grande capacité à gérer la simultanéité des situations.

Le cerveau gauche privilégie la logique, le calcul, le business, les stratégies militaires, l’abstraction.

Le cerveau est le théâtre naturel de l’affrontement éternel entre deux camps que tout oppose.

Pourtant tout le monde ici conviendra que les individus ne disposant de l’usage que du cerveau droit ou du cerveau gauche sont des infirmes.

Et même si en visitant les allées de ce salon j’ai le sentiment d’assister à une convention des cerveaux gauches je vais tenter de m’adresser a vous comme si vous n’étiez pas des infirmes Depuis le Moyen Age les guerres de religion sont d’ailleurs souvent l’expression de cette Les chasses aux sorcières sont contemporaines de la Renaissance et de la naissance de l’imprimerie. Les hommes avaient peur alors du pouvoir des valeurs féminines, des pouvoir surnaturels, de la beauté, des magiciennes...

Plusieurs siècles avant JC il y avait des centaines de déesses dans tout le bassin méditerranéen, elles ont ensuite totalement disparues. Les sociétés antiques d’ Egypte, de Mésopotamie, de Grèce ne pratiquaient qu’exceptionnellement les sacrifices féminins qui devinrent courants au fur et à mesure de la montée de la civilisation de l’écrit.

L’ancien testament bouleverse totalement le cours de l’histoire.

Le Judaïsme, la christianité, et l’Islam instrumentalisent ensuite le patriarcat et instituent la domination de la femme par l’Homme.

Depuis la deuxième guerre mondiale l’utilisation massive de la photographie, puis du cinéma et de la télévision modifie de nouveau totalement la donne. Avec la TV on passe d’un mode de lecture solitaire à un rassemblement collectif autour de la TV (cf, en autres, Mac Luhan et le village électronique global). Contrairement à tout ce qui a été souvent dit, regarder la TV pourrait-être une manière positive de reconfigurer le monde. Les images de Hiroshima, symbole et apogée de plusieurs siècles de domination masculine sont apparues

comme une sonnette d’alarme et ces images vues et revues ont probablement sauvé le monde de la destruction totale....

De la même manière les images de la terre vu du ciel ont fait prendre conscience au monde de l’urgence et de la nécessité de protéger et d’honorer cette planète. Et nous ne savons pas encore quel sera l’impact des images récentes de New York sur notre imaginaire collectif. Les images sont du domaines du mental, elles sont des reproductions du monde sensuel, elles sont proches du monde des apparences. La naissance des mouvements féministes, les marches pour les droits de l’Homme, la conscience écologiste, l’émergence de nouveaux codes vestimentaires, de nouvelles formes d’art sont étroitement liés au développement de la TV. L’arrivée de l’ordinateur, malgré les critiques sur la passivité qu’elle engendre, a vraiment modifie notre rapport à l’image et à l’espace.

L’ordinateur va rendre la TV interactive, il requiert l’utilisation des deux mains et des deux hémisphères du cerveau et le cyberespace est une extension digitale de la pensée humaine dans une autre dimension. Plus que jamais nous allons avoir besoin de mobiliser les possibilités inouïes des deux hémisphères de notre cerveau, dont nous savons par ailleurs qu’il est vraisemblablement l’ordinateur le plus puissant , le plus léger, le plus portable, le plus pratique et le moins cher, jamais invité.

Dommage que nous ayons perdu le code d’accès !

Victoire provisoire des puissances du mal(e)

Les commentateurs, quel que soit leur camps, semblent s’accorder sur le fait qu’il y a désormais un " avant ", et un " après " septembre 2001. Evidemment la nature, l’amplitude et l’universalité de cette rupture est analysée de multiples façons selon les régions du monde, les stratégies politiques, les intérêts financiers ou les lobbys médiatiques. Avec l’événement tragique de septembre, comme sur d’autres antérieurs et d’autres encore à venir, il n’y a aucune raison que nous échappions aux caricatures, emportements, dérives et approximations de toutes natures et l’incantation du moment (" il faut savoir raison garder ") n’est que la grimace dérisoire destinée à masquer l’ampleur de nos incertitudes et de nos impuissances cumulées.

Les commentateurs d’abord, les politiques ensuite (comme il est désormais de mise) ont largement décliné le thème d’une troisième guerre mondiale aux formes inédites et aux conséquences imprévisibles. Ce que ces mêmes commentateurs n’ont pas dit, c’est que cette guerre est déjà perdue, ou a tout le moins qu’elle remet cruellement en question toute possibilité d’imaginer des scénarios d’avenir dignes des enjeux de l’époque. Perdue parce qu’elle renvoie a plus tard toute possibilité pour l’occident de se renouveler de l’intérieur.

Perdue parce que le cadre général de référence de ce nouveau type d’affrontement est totalement instrumentalisé par l’agresseur du jour selon des codes et des procédures dont les constituants nous échappent. Perdue parce que les media (inconscient collectif des démocraties tétanisées), éternellement condamnés au commentaire " à chaud " et à l’hyper spectaculaire, amplifient les mouvements passionnels, accélérant ainsi les simplifications radicales incarnées aujourd’hui par cette formule présidémentielle : " que l’on ne s’y trompe pas, il s’agit maintenant d’une guerre totale du Bien contre les puissances du mal ". Que cette formule (ou ce slogan de croisade) soit le fait du Président conservateur de la première puissance mondiale n’est pas particulièrement surprenant. Qu’elle soit reprise à l’unisson par l’ensemble " du monde libre " prouve que désormais cette "vision" va conduire le monde.

Et l’on imagine déjà sans peine comment tout ce qui ne correspondra pas au profil exact et bientôt normalisé du " Bien " sera de fait assimilable au soutien criminel "des puissances du mal". Les commanditaires de la tragédie de septembre sont donc sur le point d’atteindre spectaculairement leur objectif : entraîner derrière eux l’ensemble du monde occidental dans la régression spectaculaire (régression des utopies, des ambitions, alternatives aux modèles dominants).

On en voit d’ailleurs ces derniers jours des illustrations parfaitement claires : les appels au patriotisme économique, l’exhortation à la consommation pour endiguer les risques de récession font de chaque individu du monde occidental un soldat-consommateur dont la bravoure et le civisme se mesurera à sa capacité de consommer de plus en plus en se posant de moins en moins de questions.

Avant le 11 septembre il était encore possible de risquer des avancées, malgré le poids des conformismes, pesanteurs et privilèges de toute nature, du côté de l’expérimentation, des conditions culturelles de l’innovation, de la recherche ; Il était encore possible d’établir des ponts, de saisir les complémentarités, de protéger les différences, non pour se perdre ou se déliter mais pour créer "des différences de potentiel" propices à l’invention du futur.

Il était encore possible d’imaginer un occident riche de son orient.

Il était encore possible d’imaginer le déploiement de " la part féminine du monde " et de son formidable potentiel de remise en question des fondamentaux de la modernité technologique et financière. Bref, avant le 11 septembre, le monde était ce qu’il était, généreux pour les uns, cruel pour les autres, cynique, brutal, passionnant, problématique, chaotique.

Désormais le monde sera plus simple, plus lisible, plus homogène, c’est-à-dire plus réglementé, plus prévisible, avec nos éternels amis Rambo et Mickey.

Mais il faudra en payer le prix : participer a la lutte du "Bien" contre "les puissances du mal" implique que nous adoptions sans rechigner, c’est-à-dire avec enthousiasme, les attributs, les valeurs, les propos de celui qui désormais va conduire la croisade et nous conduire au triomphe en sautant la case rédemption. Et nous tenterons d’oublier tout ce a quoi nous allons devoir renoncer. A moins que nous profitions de cette hallucinante opportunité pour donner à notre humanité " le visage de la splendeur qui lui appartient " (Georges Bataille), c’est-à-dire pour ouvrir de nouvelles pistes, de nouvelles portes, de nouvelles opportunités. Nous allons de voir comment un tel sursaut est possible. Mais auparavant un rapide inventaire de la situation s’impose.

Le réel s’obtient par clonage du virtuel

Le réel visible et directement préhensible par le planetoyen lambda se confond avec les scénarios les plus simplistes du nouveau comics mondial pour lequel les rôles de chacun sont strictement et définitivement établis avec comme corollaire naturel l’infantilisation généralisée du récit politique et médiatique. La disparition des frontières entre mondes réels et mondes fictionnels n’est pas une nouveauté.

Le "nous ne savions pas" des lendemains de la seconde guerre mondiale a cédé la place au "nous ne comprenons pas" de nos contemporains. Ne pas savoir exonère par anticipation toute éventualité d’avoir un jour des comptes a rendre. Ne pas comprendre renvoie a l’impossibilité consentie d’un quelconque passage à l’action (d’autant plus d’ailleurs que les générations de décideurs actuellement aux manettes n’en finissent pas de mendier et/ou d’auto-organiser la compassion (l’amnistie, le pardon, la repentance, etc) pour les résultats désastreux de leurs anciens engagements idéologiques.

La réduction actuelle de la scène politico-médiatique a deux acteurs, encore totalement inconnus du grand public il y a deux ans à peine (acteurs robotisés et réduits aux compositions les plus prévisibles), donne l’illusion d’un retour en force de la figure masculine du père, du chef, du soldat et du pasteur (illusion parfaitement illustrée par la totale disparition des paroles de femmes dans les commentaires médiatiques depuis le 11 septembre) alors qu’elle ne fait qu’accélérer et consacrer l’effondrement d’une figure " splendide " de la part masculine du monde désormais cantonné au rôle de soldat. Le conflit en cours semble opposer des univers totalement dissemblables sauf sur un point : la nécessité d’une revanche rapide des puissances du male sur toute velléité de relecture du monde à partir des valeurs incarnées par la "part féminine du monde ".

Entre la femme esclave bestialisée et voilée et la femme esclave commercialisée en occident par les maffias dans l’indifférence quasi générale des régimes démocratiques, il n’y a qu’une différence de "représentation". Les maffias sont trop implantées au cœur même des systèmes et des rouages médiatico-institutionnels pour être sérieusement inquiétées et leur influence dans les systèmes de gestion et de repartition de l’argent les protége de la curiosité et de l’indignation publique.

Le big bug de bill

L’histoire de la communication se confond avec l’histoire de la guerre. Chaque progrès important dans la maîtrise des moyens de communication est fondé sur la nécessité qu’une entité a d’en dominer une autre. Internet, comme tous les moyens de communication qui l’ont précédés, s’inscrit dans cette réalité. Parce qu’il est pensé comme un support de communication, et seulement comme cela, le réseau Internet est généralement organisé selon les principes classiques de la communication, c’est-à-dire selon des notions d’efficacité, de rapidité et de rentabilité économique.

Média inédit, Internet se pense et se parle pourtant à partir de concepts dépassés et de métaphores inadaptées qui s’imposent comme des vérités universelles alors qu’elles ne sont que l’illustration du poids et de la force des habitudes dominantes. La plus connue, et la plus problématique, de ces métaphores est celle "d’autoroutes de l’électronique" ou "autoroute de l’information" lancée par l’ex-vice-président Al Gore, digne fils de son père, lui-même architecte du réseau autoroutier américain. Si le père d’Al Gore avait été fleuriste la métaphore serait sans doute devenue " internet : le grand jardin électronique "… Cette structuration du langage par la pensée traditionnelle et dominante entraîne beaucoup de conséquences dans l’organisation, la mise en œuvre et le développement des infrastructures, généralement confiée par la plupart des gouvernements à leur Ministère des Transports.

Alors que des considérations fortes sur la nature des contenus auraient pu mobiliser dès l’origine du réseau d’autres Ministères comme ceux de l’Education, de la Culture, de l’Environnement, de la Famille… Le poids des habitudes est tel d’ailleurs qu’il nous empêche parfois de voir les évidences les plus criantes : par exemple la suprématie des réseaux réels clandestins et maffieux sur les réseaux virtuels électroniques les plus sophistiqués. Du coup nous assistons a un renversement total de perspectives : le pays technologiquement le plus avancé en est réduit à faire parader ses armadas militaires devant un adversaire devenu a peu près totalement virtuel.

Les terroristes et les maffieux seraient-ils les formes les plus abouties de la puissance et de l’éfficacité de l’organisation en réseau ? Et force alors est de constater le désarroi et la fragilité des puissances coalisées devant un ennemi évanescent, disséminé, viral, virtuel.

La part féminine du monde

Avec la révolution numérique et la généralisation du web les éléments d’une véritable révolution culturelle sont potentiellement réunis pour permettre l’émergence de contenus qui échappent aux valeurs traditionnelles de domination, de contrôle, de hiérarchie, de puissance.

Contrairement à ce que pourraient laisser entendre les discours dominants des "nouveaux maîtres " du monde et du cybermonde, de nouvelles valeurs sont en plein développement. Et ces valeurs sont incarnées par ce que l’on désignera ici : "la part féminine du monde". Il s’agit de comprendre les singularités culturelles de cette "part féminine du monde" et de comprendre son adéquation profonde et organique avec la culture du réseau. Dès l’apparition de la vidéo légère dans les années 60, les femmes ont pu s’affranchir des contraintes techniques et financières lourdes du cinéma, et l’on a vu apparaître sur la scène cinématographique et télévisuelle une production dense, diversifiée, créative et engagée. À l’époque personne n’aurait plus prédire que cette production prendrait toute sa place dans l’économie générale de la production audiovisuelle, et il ne viendrait désormais à l’esprit de personne de le contester aujourd’hui. Il en va de même aujourd’hui avec l’Internet et l’ensemble des technologies et médias numériques. Pour comprendre ces évolutions et pour promouvoir des politiques de production de contenus en ligne, il faut prendre en compte :

- l’analyse des conditions de l’innovation,

- l’analyse des valeurs de la culture du réseau,

- l’analyse des conditions de la production de contenus "a forte valeur culturelle ajoutée" sur le web.

Cette "part féminine du monde" concerne aussi bien des auteurs hommes que femmes, même si elle s’incarne très largement dans les auteurs femmes : nous pouvons faire le constat que la part créative, politique, critique, radicale, de la création artistique et culturelle sur les réseaux de communication électronique est souvent le fait d’auteurs femmes, souvent jeunes, et ne nourrissant aucun complexe devant la technologie. Internet ne permet pas uniquement de communiquer : il permet la conversation, l’échange, le partage, mais également l’affirmation des différences, des singularités. Il place l’utilisateur dans la situation de producteur potentiel, il redonne du sens à des notions laminées par le consumérisme comme l’importance des liens organiques et conscients permettant à des communautés de se protéger, de se reconnaître, de se développer. En fait et en reprenant les termes utilisés par Leonard Shlain*, la "part féminine" ne s’oppose pas plus à la "part masculine", que l’image ne s’oppose au mot, le cerveau droit au cerveau gauche, la vie à la mort, la mort à la renaissance, la folie à la raison, la foi à la haine, la sorcellerie à la science, l’écran à la page. Ces notions ne s’opposent pas, mais il faut bien comprendre qu’elles ne sont opératoires que dans leurs liens, leurs tensions, leurs interactions. Ce qui implique la reconnaissance de cette "part féminine" du monde et des valeurs qui la structurent.

Une révolution culturelle

Ces valeurs affirment la primauté :

- du contenu sur la technicité,

- de la recherche de sens sur les effets de mode,

- de la nécessité de perspectives critiques sur la fétichisation des médias,

- de l’inscription de la recherche et de la création dans le réel de la vie sociale sur les seules stratégies économiques classiques,

- de la nécessité d’invention de nouveaux modèles de production et de développement économiques sur la reproduction des modèles existants,

- du hasard et de la nécessité qui permettent et de rompre et d’être reconnu sur la certitude qui décourage le désir de changement, des communautés qui fluctuent sur les "partis" qui enferment,

- du "bon sens" sur la stratégie,

- de l’incertitude nécessaire à l’autonomie véritable sur la certitude d’un système "qui a fait ses preuves",

- de la multiplicité des codes sur l’adhésion à un seul,

- des "savoir-faire" non répertoriés sur le savoir archivé,

- du décentrement sur le centralisme,

- de l’international sur la mondialisation,

- du mouvement de la parole sur l’immobilisme du langage médiatique,

- d’une économie basée sur la prise en compte des changements et des mutations et donc des besoins vitaux sur une économie basée sur l’excès de consommation…

Une révolution de la sensibilité et de l’intelligence implique de sérieuses et profondes remises en question. Nous nous en sortant en général par une pirouette : le discours incantatoire sur l’innovation.

Bluff, modernité, innovation

Qu’est-ce que l’innovation ?

L’innovation dans une période de transition ?

La transition se caractérise par le passage d’une situation à une autre : des éléments disparaissent, d’autres apparaissent et nous devons rester disponibles pour des changements dont nous ne savons rien tout en gardant la mémoire de notre histoire, tissée de splendeurs et de drames.

Les périodes de transitions sont particulièrement propices aux ré-agencements généraux des concepts, des savoirs, des compétences. Cela ne va pas de soi puisqu’une part importante de nos acquis et de nos connaissances se trouve momentanément tétanisée sous l’effet de l’irruption massive de nouvelles données, de nouvelles idées, de nouvelles perspectives parmi lesquelles il est impossible de faire le tri entre le bluff, la modernité et ce qui va s’avérer demain déterminant, structurant, décisif, fondateur. Des mouvements violents et contradictoires affectent toutes les dimensions de la vie de nos sociétés : les effondrements politiques, sociaux, religieux, économiques, côtoient les avancées scientifiques ; dans le même mouvement, des pans entiers de nos certitudes se dérobent alors que de nouvelles modalités d’agencement se font jour. Partout, des individus, des groupes, des entités encore floues, sont au travail, qui, indifférents à la chronique des désastres annoncés, élaborent les éléments de nouvelles cartographies. Dans ces périodes où trouble et créativité vont de pair, la priorité doit être donnée à l’expérimentation. Celle-ci est infiniment plus pertinente que la pédagogie de la contemplation et de la consommation des œuvres, des savoirs constitués, du spectacle de l’actualité immédiate.

La première ouvre le champ des possibles, des actions désordonnées, des surprises et des fulgurances. La seconde, éprouvée, sécurisante, séduisante, condamne à l’impuissance et à la nostalgie.

Les fondamentaux de l’innovation contre le fondamentalisme du marché

Quand un groupe de personnes décide "d’innover", par quoi commence-t-il ? Quels sont les changements que nous devons apporter à nos manières de penser, de travailler, de partager, de mettre en œuvre des actions et des projets ? Si nous ne voulons pas que l’innovation reste un slogan vide de sens, à quelles remises en question de nos pratiques devons-nous procéder ?

Ces interrogations concernent les responsables culturels, les créateurs, les entrepreneurs industriels et commerciaux, les pouvoirs publics régionaux, nationaux, les instances transnationales.

La multiplication des rencontres formelles ou informelles à l’échelon international, la propagation de multiples réseaux d’échanges et de confrontation sont évidemment des manières de progresser. Mais il faut aller encore plus loin. Comment faire ?

Outre les créateurs, trois acteurs doivent être mobilisés.

Le producteur

Il est nécessaire de multiplier les situations permettant le déploiement d’expérimentations artistiques et culturelles : des artistes de talents, des scientifiques brillants, des techniciens ingénieux, des entrepreneurs audacieux servis par la convergence réelle entre les possibilités techniques et les intuitions des rêveurs sont disponibles pour des actions ponctuelles. Mais dans le même temps nous constatons une carence majeure : le manque de producteurs. Le producteur, le vrai, c’est l’ensemblier, le passeur, celui qui va, par sa seule conviction, en dehors de toute commande explicite du marché, des lobbies, des modes, des intérêts publicitaires des constructeurs, rassembler les moyens financiers, humains (artistiques, scientifiques, philosophiques), techniques et juridiques pour qu’une œuvre advienne, provoque la critique, rencontre son public. Un monde sans producteur est un art muet.

Le critique

Il faut encourager la mobilisation des intellectuels pour la production d’un travail critique sur les œuvres, notamment celles qui mobilisent les technologies numériques. L’existence d’un corpus critique foisonnant, diversifié, contradictoire, ouvert aux modes de pensées les plus éclectiques est une garantie, pour les créateurs, pour les scientifiques, pour les "décideurs" comme pour les citoyens, d’appropriation des évolutions du monde. Un monde sans critique est un art sourd.

Le public

Nous pensons qu’il faut multiplier par tous les moyens les occasions permettant aux citoyens de se confronter aux préoccupations des créateurs contemporains et des chercheurs. Les dynamiques habituelles de diffusion, d’animation, voire de formation, ne suffisent plus. Les citoyens ne sont pas que des consommateurs à séduire, des cibles à ajuster, des pulsions à exploiter. Cela implique un certain nombre de remises en question. Les créateurs, comme les

chercheurs, auraient tort de ne voir dans cette exigence qu’un retour au passé (celui, méritoire par ailleurs mais désormais atone, des pionniers de la décentralisation culturelle), une instrumentalisation de leurs démarches ou une banalisation de leurs visions. Un art sans public est un art aveugle.

Postures de l’innovation

La complexité

La notion de complexité fait désormais partie de la panoplie de l’homme moderne. Mais rien ne prouve au vu de l’actualité quotidienne que ses principes les plus basiques soient entrés dans les mœurs, dans les cœurs, dans les laboratoires, dans les assemblées. Qu’en est-il de notre capacité à assumer des situations complexes ? Nos élites sont rompues (au propre comme au figuré) à "gérer" les situations compliquées. Mais dès que le "vivant" interfère, nos experts sont tétanisés. A défaut de visions, ils réglementent et laissent à d’autres le soin de déminer le terrain.

L’impermanence

Qu’en est-il de notre capacité à penser des situations éphémères quand notre culture est fondée sur la durée, la pérennité, la conservation. Nous savons intuitivement que ce qui est partiellement vrai aujourd’hui ne sera plus tout à fait vrai demain... Dans les périodes de transition, la force de ce qui advient s’évanouit devant ce qui advient tout de suite après, qui lui est lié mais porte plus loin encore le regard.

La contradiction

Comment faire quand une chose peut être vraie et fausse en même temps ? Comment, sans cynisme, apprendre à jouer dans tous les compartiments du jeu en même temps ?

L’archaïsme

Qu’en est-il de notre capacité, alors même que nous sommes supposés occuper les avant-postes de l’évolution technologique, à respecter les valeurs archaïques, anciennes, fragiles ? Notre civilisation "conserve", là où d’autres cultures "conversent". La communication est la béquille arrogante de la conservation et l’on communique d’autant plus que le désarroi est grand et le cabas ouvert. Reste à retrouver l’usage de boussoles obsolètes comme "l’art de la conversation". A défaut, il nous sera bientôt proposé des musées où seront conservés l’amabilité, la disponibilité, la palabre.

L’indiscipline

Il ne s’agit plus de convier à la " trans-disciplinarité " ou à " l’interdisciplinarité " mais à l’indisciplinarité, c’est-à-dire à la valorisation de la part que chacun d’entre nous possède pour le jeu, l’humour, l’écart, l’impertinence. Il ne s’agit pas seulement de mobiliser des certitudes et des savoirs mais de désapprendre pour laisser place à de nouvelles visions. Il ne s’agit pas seulement de planifier des projets mais d’accueillir généreusement l’improbable.

La conscience des points de vue

Comment promouvoir l’expérience singulière qui consiste à permettre l’exploration des points de vue multiples relatifs à une question, un concept, une œuvre, une situation ? En privilégiant la "pensée sphérique". Une sphère : je peux être dedans, dehors, au centre, sur le pourtour, très loin, très près, au Nord, au Sud, en n’importe quel point de l’espace et alors mon point de vue sur les êtres et les choses sera mobile, changeant, ouvert. En me projetant dans tous les azimuts, c’est-à-dire en adoptant successivement plusieurs points de vue, j’explore l’étendue des possibles. J’ouvre l’éventail des questions. J’expérimente des postures.

Les réponses rassurent et cimentent une posture, les questions structurent et ouvrent la voie à des architectures nouvelles, conceptuelles, poétiques, langagières ...

La sobriété

La clarté ne vient pas de l’information : trop dense, trop bruyante, trop fluide, trop rapide, trop frivole. Elle vient davantage de l’écart (non de la désertion), du partage (non de la consommation), de la séparation parfois (non du consensus). Le trop plein d’actualité nuit.

Le doute

Les conjonctions (d’idées, de situations, d’hommes, de valeurs, d’exigences, de faiblesses) font plus pour l’édification continue de l’aventure humaine que les idées seules, ou les hommes providentiels. Il faudrait s’attacher à créer des situations où ces conjonctions soient possibles pour créer les conditions d’un doute favorable et dynamique.

L’opacité

Tout ne doit pas être donné. Le labeur de chacun est nécessaire. J’invite à l’intelligence celui que j’invite à travailler, non celui que je gave. Nous sommes déjà repus, transparents et prévisibles. Devenons économes et opaques, que notre mystère soit objet de partage.

La confrontation

Nous sommes les héritiers d’une culture où le conflit est vécu comme un combat, avec des gagnants et des perdants. Presque jamais comme une dynamique créative. Il ne s’agit évidemment pas d’inviter à la recherche de compromis ou de consensus. Il s’agit de se donner les moyens de confrontations musclées, ouvertes, "élégantes", pour aboutir à des arbitrages où l’intelligence et l’intérêt général prévalent.

La mémoire et l’oubli

Dans les dernières séquences de son film "La honte" (1968), Ingmar Bergman fait dire à l’un de ses personnages : "je me souviens que je dois me souvenir de quelque chose d’important mais j’ai oublié quoi". Quelques années plus tôt, Georges Bataille déclarait : "l’humanité présente a perdu le souci de se donner à elle-même le visage de la splendeur qui lui appartient". Avec d’autres mots, Maurice Blanchot tentait lui aussi de définir cette perte, cette absence radicale qui plonge l’homme contemporain dans l’hébétude et le désarroi. Quelques semaines avant sa mort, le dramaturge allemand Heiner Müller appelait l’occident à produire des visions susceptibles, par leur puissance et leur portée, de dépasser l’apocalypse de l’holocauste.

Comment retrouver le chemin de "la splendeur qui nous appartient" ?

Intelligibilité des enjeux de la création et de la recherche

Il n’est pas nouveau que les artistes utilisent et questionnent les "nouvelles" technologies : en danse, Merce Cunningham utilise depuis longtemps l’outil informatique pour créer de nouvelles chorégraphies ; les compositeurs expérimentent depuis 30 ans avec les machines numériques.

Sur quoi se fondent les préoccupations des artistes qui investissent l’interactivité et les mondes virtuels ? Non seulement ces "machines" ne les effraient pas, même s’ils sont les premiers à tenter d’en définir les limites et les dangers, mais elles leur donnent la possibilité de repenser la nature du geste artistique et les modalités des relations possibles entre leur engagement artistique personnel (matérialisé par l’œuvre réalisée) et le "public" auquel l’œuvre est sensée s’adresser. Enjeux artistiques

Les enjeux de cette recherche concernent :

- le renouvellement des modes narratifs (c’est-à-dire l’exploration d’autres manières de concevoir et de raconter des histoires, de parler du monde),

- le renouvellement des protocoles de conception (pour concevoir des dispositifs interactifs, l’artiste doit se confronter à d’autres logiques que la sienne -même si l’artiste reste celui qui donne le sens du travail et qui légitime l’existence et la nécessité de l’œuvre, il doit partager ses intuitions avec des ingénieurs, des informaticiens, des juristes, des entrepreneurs-),

- l’expérimentation d’autres types de relation entre auteurs et publics : avec les procédures interactives, le rôle de l’artiste ne consiste plus seulement à proposer au public une œuvre pleine et entière mais plutôt à proposer un "contexte" à explorer qui va laisser un véritable espace de projection et de signification à ceux qui vont explorer l’œuvre.

L’Oeuvre

Personne ne demande rien d’explicite à l’artiste lorsqu’il plonge en lui-même à la recherche d’un signe hypothétique, d’une respiration oubliée. Cette descente aux abîmes exclut irrémédiablement l’Autre. Si cette plongée est un sacrifice de soi, l’œuvre qui en résulte devient don et prophétie, par abandon à l’Autre du "résultat" du sacrifice. Entre sacrifice et prophétie se joue une tension qui porte un nom : l’acte artistique. Qu’advient-il de cette tension quand le produit remplace l’Oeuvre ? Quand la fonction prophétique est absorbée par le marché, reste le consumérisme.

Numérique

Tout se passe comme si les élites européennes n’avaient pas encore saisi les enjeux de la révolution numérique. Ou plutôt tout se passe comme si ces enjeux n’étaient perçus que sous le seul angle économique. L’expression : "révolution" numérique peut sembler exagérée. Elle renvoie pourtant à un certain nombre de singularités :

- le mode de propagation de nature épidémique, avec tout ce que cela implique de paralysie institutionnelle et d’initiatives à la marge. Troublant parallèle entre la manière dont s’est développé l’épidémie du SIDA et la manière dont se propagent les nouvelles technologies. Dans un premier temps, l’Institution nie l’ampleur du phénomène, dans un deuxième temps elle prend acte, puis dans un troisième temps elle instrumentalise des réponses possibles.

- Parallèlement se mettent en place des stratégies alternatives d’expérimentation qui ont la particularité d’opérer à la marge et sur des valeurs de coopération, de convivialité, des valeurs communautaires, en rupture avec les valeurs dominantes de pouvoir et de contrôle. Dans le domaine des réseaux électroniques, l’intelligence et la générosité des pionniers sont désormais assiégées puis vassalisées par les seules stratégies de conquête du nouvel eldorado économique.

- Passerons-nous à côté du potentiel dynamique et créatif des réseaux (au niveau de la coopération et de l’intelligence partagée) comme nous sommes passés à côté du potentiel que représentait l’émergence de la télévision dans les années 50 ? Continents

Le terme générique de mondialisation implique un double mouvement : d’une part, l’intensification des flux d’informations, d’argent, de matières premières et de personnes et d’autre part l’extension de ces flux à l’ensemble de la planète. Ce terme, régulièrement invoqué par les media, les chefs d’entreprises et les responsables politiques reste, pour les citoyens, pourtant bien souvent mystérieux. Nous assistons à l’émergence de nouveaux continents. Ce ne sont pas seulement des continents géographiques, économiques, culturels ou démographiques, mais des continents d’une autre nature. Ainsi, peut-on parler du continent de l’adolescence : les adolescents du monde ont, entre eux, malgré l’éloignement géographique, une proximité culturelle plus évidente que celle qui les relie à leurs propres parents. Une population émerge, avec ses codes linguistiques, alimentaires, culturels, un système de références communes mais éloignées de celles de leurs parents. Le continent des classes moyennes : il n’y a plus de différences significatives dans le désarroi des classes moyennes, qu’elles soient de Shanghai, de Paris, de Montréal ou de Besançon et leurs interrogations se formulent dans les mêmes termes. Le continent de l’exclusion : l’exclusion par l’argent, par l’accès au savoir, l’exclusion de la citoyenneté fondée sur la maîtrise que l’on a, ou pas, de l’information, c’est-à-dire des messages que l’on émet et que l’on reçoit.

Ainsi se définissent et se réorganisent, sans crier gare, un certain nombre de notions et de valeurs. Si l’on n’en prend pas conscience dans nos écoles, nos centres culturels, nos entreprises, nos familles..., nous serons alors frappés d’impuissance.

Transmission des valeurs et dynamique de la communauté

Les liens

Tout se passe comme si les liens de transmission entre générations, entre cultures, entre disciplines, étaient rompus ou affaiblis. Quelles valeurs transmettent les parents ? Quels échanges entre les peuples autres que marchands ? Quelles confrontations entre experts et citoyens ?

L’économie

La communauté ne se réduit pas aux échanges marchands. Elle se réalise dans les échanges conversationnels, la solidarité active, la créativité sociale. Cette "économie relationnelle" ne fait pas l’objet de cotations boursières. Dans le mouvement général de la société, ces valeurs sont sous-estimées quand elles ne sont pas simplement méprisées. Dommage pourtant puisque ces valeurs sont les seules qui assurent encore un véritable potentiel de cohésion sociale et de résistance à la barbarie.

Le local

La communauté ne se réduit pas non plus au local. Très souvent notre discours tend à opposer le global et le local en privilégiant ce dernier. Pourtant nous pouvons nous trouver dans une très grande proximité avec quelqu’un de géographiquement éloigné et à l’inverse, nous pouvons nous trouver à très grande distance de nos voisins de palier.

La conscience

La communauté enfin ne se réduit pas à l’ensemble des liens qui unissent les gens les uns aux autres. La communauté Internet ne se réduit pas aux liens qui réunissent les sites les uns aux autres, de même que la communauté scolaire ne se réduit pas aux liens qui unissent les enfants les uns aux autres, ni la communauté de quartier aux personnes qui l’habitent. L’important n’est pas la somme des liens au sein d’une communauté, mais la conscience que nous avons de ces liens, la vision que nous avons de constituer une communauté active. Sur les réseaux, certains ont cette lucidité, d’autres non. Il en est de même dans la vie réelle, dans la rue, dans les écoles, dans les familles. Au fond la conversation, plutôt que la communication, c’est la conscience que nous avons d’être dans une respiration commune avec l’autre. Cela fonde alors des exigences qui font de nous les architectes et non pas les sujets des technologies.

Les violences

Les violences spectaculaires sont une chose. D’autres, moins visibles, minent la communauté. La violence contre le langage précède la violence contre les Hommes. Nous parlons beaucoup dans notre pays des "gens en fin de droits" : l’expression est banale mais choquante parce qu’elle ne pose plus aucun problème alors qu’elle devrait exalter une contradiction insupportable au cœur du discours démocratique. Chaque capitulation sur le langage est une capitulation sans condition sur l’essentiel. La violence institutionnelle : les institutions ont une capacité surprenante à produire de l’arrogance et de la désinvolture, sans qu’apparemment quiconque ne puisse être mis en cause puisque chacun capitalise les lâchetés et les renoncements de chacun.

La violence contre la part féminine du monde. Tout notre système de pensée est fondé sur des valeurs de domination, de puissance et de contrôle. La culture des réseaux, le partage de l’intelligence, le travail coopératif mobilisent d’autres valeurs, d’autres visions, plus complexes, moins triviales, plus engagées dans une certaine idée du destin communautaire.

Les contaminations nécessaires

La violence apparente du terme n’est pas neutre. Il ne s’agit pas ici d’invoquer le risque de la souillure et de la contagion mais celui, nécessaire, des recouvrements réciproques de réalités artificiellement séparées.

Entre générations

Les "nouvelles" technologies de la communication s’inscrivent dans les bouleversements généraux qui accompagnent la transition d’une époque à une autre. Dans ce mouvement général des situations et des idées, le pire serait que nos aînés se retrouvent disqualifiés par l’ampleur de changements qu’ils ne comprennent pas toujours. Dans ce moment de redistribution des cartes, il faut éviter que les uns soient écartés et les autres (les plus jeunes) sur-valorisés, car se pose la question de transmission de mémoire, de savoir-faire, de patrimoine, d’idéaux. Il est vrai que ces derniers ont été sensiblement malmenés par les événements du siècle. Cela ne doit pas nous empêcher de chercher les passerelles qui redonnent du sens à l’idée d’une communauté complexe et vivante qui se construit, époque après époque, en capitalisant les acquis des "géants qui nous ont précédés" selon la belle expression de Newton.

Entre métiers

Un exemple permet d’illustrer le propos : les chefs opérateurs du cinéma traditionnel sont dépositaires d’une immense culture cinématographique. Ils sont désormais en compétition avec les professionnels de l’infographie et des images de synthèse. Les premiers œuvrent avec leur culture et des moyens pauvres, les seconds avec des techniques sophistiquées, mais où apprendraient-ils le sens de la lumière si les premiers n’éduquent pas les seconds ?

Entre disciplines artistiques

A l’heure de la convergence généralisée, la séparation des différents domaines artistiques, même si elle est de nature à permettre l’accomplissement de recherches singulières, ne peut plus être érigée en dogme. Chaque discipline artistique procède d’une interrogation globale sur le monde et les technologies de la communication sont au cœur de cette interrogation.

Entre art et industrie

L’artiste qui travaille avec les media électroniques anticipe les changements ; il représente un puissant facteur d’innovation que l’industrie des télécommunications, du multimédia, de l’audiovisuel, de l’informatique, et de la téléphonie pourrait valoriser pour inventer des formes nouvelles. Il ne s’agit pas ici de prôner un rapprochement destiné à introduire de la fantaisie dans l’entreprise, mais véritablement de considérer l’artiste comme un expert susceptible de participer à des "prototypages" innovants.

Entre arts, sciences humaines, philosophie

Il semble désormais aller de soi qu’une approche systémique, c’est-à-dire prenant globalement en compte les différents aspects de l’activité humaine, soit de rigueur dans toute problématique mobilisant les technologies. Reste à la traduire dans les faits en faisant de chaque formation l’occasion d’un croisement entre les disciplines.

Entre créateurs, experts et citoyens

Dans la même perspective, il convient de faire de chaque action de formation aux media électroniques l’occasion de rencontres concrètes entre chercheurs, experts et citoyens par l’organisation de forums, d’études de terrain, de témoignages, etc…

Entre l’individu et la communauté

Les questions de l’identité, de l’altérité, des conditions de déploiement d’une économie relationnelle, des mythes et des univers symboliques doivent retrouver la place qu’elles ont perdue. Cela permettrait de constituer de véritables remparts aux fétichismes, obscurantismes culturels et technologiques, à l’arrogance technique, à l’insolence de l’ultra-libéralisme.

* Leonard Shlain

“The alphabet versus the goddess”, the conflict between word and image, the Pinguin Press



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